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Christian Mbilli

Pour sûr, il ne prend vraiment pas de gants. Christian Mbilli boxe comme un condamné, à croire que le temps lui est compté sur le ring. Fidèle à lui-même, seules 40 secondes lui ont suffi pour envoyer le Britannique Mark Heffron au tapis durant le combat professionnel super-moyens (entre 73 et 76 kg), au Canada le 25 mai dernier. « Je ne prendrai aucun répit avant d’atteindre le sommet », lance au micro le boxeur français de 29 ans. Y arrivera-t-il ? Peut-être bien, il roule sur la concurrence avec ses 27 victoires, dont 23 par KO, pour, tenez-vous, zéro défaite.

Ses premiers gants, Christian les enfile à 15 ans à l’USM Boxe Montargis où il atterrit quatre ans plus tôt du Cameroun. Ici, au quartier de la Chaussée, la loi du plus fort prévaut. « Quand tu n’as pas de grand-frère, on vient te chercher, encore plus lorsque tu es un gamin en sous-nutrition, confie-t-il à la presse. Je suis finalement devenu le plus fort, tout en me gardant de ramener la police à la maison ou commettre d’infraction. Sans la boxe, j’aurais quand même pu mal finir. De toute façon, je n’imaginais pas mon avenir autre. »

« Solide »

La vie prend ensuite exemple sur son style de jeu, directe, à 100 à l’heure. En quelques mois, il se place déjà troisième cadet français, puis premier. En 2013, il devient champion d’Europe juniors en poids moyens et, à 20 ans en 2015, champion de France amateur. Un an plus tard, à ses couleurs de Montargis s’ajoutent celles de l’équipe de France des JO de Rio. Elle qui a ressuscité la boxe française par ses six médailles emprunte même le surnom de Christian, la « Team solide ». Lui, se classe cinquième. Notons qu’il n’en demeurait pas moins boxeur amateur, ce qui ne durera pas, comme de coutume.

« Au sortir des JO, en 2017, je quitte l’INSEP à Paris (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) pour passer professionnel à Montréal. J’avais besoin de renouveau et mon promoteur canadien a su me proposer des combats. J’enchaîne les victoires avant le gong et commence à réclamer des adversaires d’un autre calibre. » Disons que Christian a cessé le compte des entraînements pour celui des calories. Avec préparation physique le matin séparée de la boxe l’après-midi par des œufs durs, « Solide » le devient davantage. Il gagne assez en masse musculaire pour monter en catégorie super-moyens en 2019 (-76.2kg) jusqu’à tutoyer la limite haute.

À quand la ceinture mondiale ?

Depuis, dans des arènes bondées, le rouleau compresseur à la double nationalité renvoie tous ses challengers dans les cordes. À la hâte, sans qu’Américains, Français, Britannique, Équatorien, ou encore Australien ne puissent voir le jour. Aujourd’hui, Christian est le seul tricolore classé par les quatre fédérations mondiales de boxe anglaise, premier WBC, deuxième WBA, troisième IBF et WBO. Cependant, dans cet alambiqué registre, le site référent BoxRec le place cinquième mondial des super-moyens quand le Mexicain Canelo Alvarez demeure le champion du monde de la catégorie. « Je veux l’avoir en face de moi, le défie légitimement Christian. Or, il peut choisir ses adversaires et préfère les combats plus rémunérateurs par leur popularité que ceux à risque de destitution. J’attends mon heure. » Là, a-t-il peut-être trouvé un autre défi contre celui qu’il n’a jamais pris, le temps.

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